jeudi 8 octobre 2009

Assemblée générale spéciale - Enjeu 1 (suite)

Aux membres de QS Hochelaga-Maisonneuve, bonjour !

Les discussions commencées lors de l'assemblée générale de mardi 6 octobre se poursuivront lors d'une nouvelle assemblée générale

mardi prochain, 13 octobre à compter de 19 h

aux Enfants de l'espoir, 4650, rue Ontario est.


L'ordre du jour proposé est le suivant :

1. Vérification du quorum

2. Présidence et secrétariat d'assemblée

3. Ordre du jour

4. Adoption du procès-verbal de l'assemblée du 6 octobre 2009

6. Congrès

a) débats sur le Cahier des perspectives
b) désignation des déléguéEs
c) mandat final des déléguéEs*

7. Questions diverses

8. Fin de l'assemblée

Vous trouverez ci-joint le procès-verbal de l'assemblée d'hier, et vous recevrez dans les plus brefs délais un document-synthèse (ci-dessous) présentant en parallèle les articles du cahier de perspectives et les amendements proposés à ces articles.

Je vous invite aussi à consulter les documents présentés sur le site http://programme.quebecsolidaire.net

Le cahier synthèse est scindé en trois sections (priorités 1-5, priorités 6-9, non-prioritaires). Les numéros de pages se suivent: le 2e cahier commence à la page 16 et le 3e à la page 24.» :

Salutations solidaires,

Christine Dumas, secrétaire du comité de coordination de QSHM

Commentaire : Québec Solidaire et la question nationale québécoise

Par Yves Chartrand

Québec Solidaire comme bien des mouvements ou partis politiques de la gauche québécoise par le passé est de nouveau confronté au moment de la préparation du congrès de novembre prochain à des choix parfois déchirants sur la question nationale québécoise.

Un point de départ différent
Le point de départ de tous les membres et militant(e)s n’est pas le même. Certain(e) ont toujours été des indépendantistes depuis toujours même si comme moi ils ont passé par une période ‘’ d’égarement ml ‘’ dans la période du référendum de1980. Pour moi il n’y a pas plus de priorisation personnelle dans mon engagement indépendantiste et de gauche. L’indépendance du Québec et la justice sociale sont deux valeurs auxquelles je crois profondément et je me suis joint à Québec Solidaire où je peux retrouver ces deux valeurs, le Parti Québécois n’ayant jamais été indépendantiste, ce que j’ai réalisé il n’y a pas si longtemps, et il n’est plus incliné à gauche depuis plusieurs années déjà. Pour moi la cause de l’indépendance du Québec n’est ni de gauche ni de droite puisqu’il s’agit d’une lutte de libération nationale menant à l’indépendance politique comme l’ont vécu plusieurs peuples dans les dernières décennies. Plusieurs d’entre nous ont soutenu à l’époque la lutte des peuples palestinien, cubain, irlandais et autres dans leur lutte pour défendre ou atteindre l’indépendance politique. Puisque Québec Solidaire est un parti de gauche il aura dans une future coalition de tous les indépendantistes québécois en vue d’une future échéance électorale ou référendaire à défendre son option pour que le projet de pays soit basé sur une plus grande justice sociale.

Pour d’autres camarades et amis qui ne se définissent pas comme indépendantistes l’indépendance est un outil pour en arriver à plus de justice sociale et non une fin en soi. Certains envisagent même que cela puisse se réaliser à l’intérieur dans le cadre du fédéralisme canadien actuel. Ils vivent sans doute une solidarité avec tous les travailleurs et couches populaires du Canada qui les anime en premier lieu.

Que l’on soit d’une tendance ou l’autre cela se répercutera sur nos prises de position respectives sur d’autres questions comme la langue française au Québec ou l’identité québécoise et le pluralisme québécois. Un indépendantiste de gauche montera rapidement aux barricades pour défendre la langue française à Montréal et souhaitera un plus fort désir d’intégration de la part de certains immigrants ou de certaines communautés ethniques et un état québécois laic plus affirmé, alors qu’un militant de gauche avant tout mettra avant tout l’accent sur la défense des droits de ces derniers et leur intégration, et la responsabilité de la société d’accueil à cet effet tout en défendant une laicité qui va moins loin comme sur le port de signes distinctifs religieux chez les fonctionnaires de l’Etat.

Un point de rencontre possible
Québec Solidaire se définit déjà comme un partie souverainiste et veut maintenant à partir du Cahier de perspectives préparé par la commission politique se définir comme un parti indépendantiste. A moins de se retrouver dans le même dilemme que les souverainistes du Parti Québécois et les indépendantistes dits ‘’ purs et durs ‘’ qui ont pour la plupart déserté ses rangs, ou le dilemme entre fédéralistes, et souverainistes et indépendantistes, il nous faut faire un pas en avant et clarifier notre option.

Dans le but de préserver l’unité du parti et de respecter les différentes tendances, un compromis est peut-être possible à l’étape actuelle tout en sachant que nous aurons tôt ou tard à revenir sur la question dans le contexte de l’évolution des débats sur la question dans la société québécoise et au sein des partis politiques québécois au cours des prochaines années. Le compromis auquel je pense est celui de s’entendre pour le moment sur l’idée de départ que
« La lutte du peuple québécois pour l’indépendance est avant tout une lutte de libération nationale politique, économique et sociale ». Ce point de départ sur lequel nous pourrions peut-être nous entendre pour le moment fait référence à une lutte globale campée à gauche tel que formulé depuis des décennies par la gauche indépendantiste québécoise et conséquente avec notre appui aux autres luttes d’indépendance ailleurs dans le monde. Il est également cohérent et conséquent avec le fait de s’être affirmé jusqu’ici comme un parti souverainiste et non souverainiste-associationniste. Cette prise de position serait également en correspondance avec les valeurs de notre parti.

Une discussion à poursuivre
Pour ce qui est de l’avenir nous aurons le temps de revenir de nouveau sur la question plus tard et les questions identitaire, linguistique et le pluralisme seront largement débattues dans l’ensemble de la société québécoise au cours des prochains mois et des prochaines années car l’ensemble des Québécois n’arrivent pas facilement à trancher eux non plus sur ces questions délicates comme plusieurs autres société démocratiques dans le monde, en plus d’avoir ici à trancher sur la question nationale.

Assemblée générale spéciale - Octobre 2009

Le comité de coordination de Québec solidaire - Hochelaga-Maisonneuve invite les membres à participer à une assemblée générale spéciale :

Cette assemblée générale spéciale permettra de discuter du Cahier de perspectives sur l'enjeu 1 (Pour un Québec démocratique, pluraliste et indépendant).

L'assemblée générale spéciale doit se prononcer sur le cahier proposé par Commission politique. Nous vous invitons à le consulter et à participer aux discussions dans l'association de notre circonscription qui mèneront à l’adoption de la première partie du futur programme politique de Québec solidaire au Congrès des 20, 21 et 22 novembre prochain.

L'assemblée générale spéciale devra indiquer en indiquant sur elle est "Pour" ou "Contre" ces propositions ce qui aidera le comité synthèse et le comité de coordination national à bien préparer le congrès et tenant compte de ce qui s’est passé dans les réunions locales et régionales.

Mais l'assemblée générale spéciale peut également proposer des amendements aux propositions sur la table ou sinon l'assemblée peut également demandé que la proposition soit "Référer", soit le sujet de la proposition ne devrait pas se retrouver dans notre programme à ce moment-ci et qu'il se pourrait que l’enjeu soit plus approprié pour une plate-forme électorale ou qu’on le reporte à une discussion programmatique ultérieure.

Donc pour bien se préparer à cette assemblée générale spéciale, vous pouvez consulter le Cahier de perspective disponible sur le site Internet et un peu plus d'information sur la procédure sur le site Intranet.

Pour participer à cette démarche vous pouvez donnez vos idées en ajoutant un commentaire au bas de cette page avant l'assemblée du 6 octobre 2009. Cependant le formulaire de commentaire ne permet les messages que de 4096 caractères ou moins.

Si vous avez des messages plus volumineux, vous pouvez les transmettre par courriel à qshochelagamaisonneuve@gmail.com . Ces messages seront publiés sur la page Commentaires des membres sur le Cahier de perspectives.


mardi 22 septembre 2009

Commentaire : « L'indépendance, plus que jamais »

par Marc Bonhomme

Réponse à la proposition alternative Saillant-Lessard

Pour la libération nationale/sociale : L’indépendance

Dans mon texte précédent « Un pas en avant, deux pas en arrière » portant sur le cahier de perspective (CP) — malencontreusement nommé « cahier de synthèse » — je n’avais pas discuté de la proposition de substituer le terme indépendance à souveraineté. Je me réjouissais de ce que le mot d’ordre de l’indépendance enfin damait le pion à l’insipide « souveraineté populaire », concept qui signifie n’importe quoi et son contraire, pendant social-libéral de la « souveraineté-(votre expression préférée) péquiste. Tout en soulignant que cette proposition, et tout la stratégie à laquelle elle était arrimée, était déconnectée de la lutte contre la crise qui marquera la prochaine période, je la considérais comme « un pas en avant ». Dans mon optimisme, je croyais qu’elle ne ferait pas problème. Jusqu’arrive sur la table la contre-proposition des deux membres de l’exécutif, François Saillant et Stéphane Lessard (SL) :

« Nous ne partageons cependant pas la logique qui sous-tend le cahier de perspectives […] Ce qui nous est proposé est ni plus ni moins que le programme d’un Québec indépendant et d’une éventuelle République du Québec. […] l’indépendance deviendrait, de ce fait, l’article 1 du programme, […] Il est vrai que ce projet de société ne sera réalisable dans son intégralité que si la population fait le choix de faire du Québec un véritable pays, maître de tous ses pouvoirs. Il sera toutefois réalisable en partie dès le moment où Québec solidaire prendra le pouvoir et il le restera tant et aussi longtemps que la population du Québec n’aura pas opté pour un Québec indépendant. […] Nous ne jugeons par ailleurs pas opportun de trancher entre les termes «souveraineté» et «indépendance». […] Nous considérons cependant prématuré d’opter d’ores et déjà pour un régime républicain, […] Nous ne voyons pas ailleurs pas la nécessité de nous étendre aussi longuement que ne le fait le Cahier de perspectives sur la stratégie lors d’un débat sur le programme. »

Voilà posé en filigrane le débat péquiste sur l’étapisme : référendum versus élections référendaires. Ce débat n’est pas encore très net. Il ne fait que débuter. SL sont en effet d’accord avec la stratégie de la direction nationale : élections d’un gouvernement Québec solidaire / assemblée constituante / référendum. Cependant, ils ont vu la faille : que va foutre le gouvernement Québec solidaire entre l’élection gagnante et le référendum… ce qui peut être long. Pour s’assurer que ce sera le plus long possible, nos deux contestataires affirment qu’« [a]près l’élection de l’Assemblée constituante, celle-ci aura la responsabilité et les moyens de mener un vaste processus de démocratie participative visant à consulter la population du Québec… » contrairement au cahier de perspectives qui affirme qu’« [u]ne telle démarche de démocratie participative peut s’amorcer avant l’élection d’un gouvernement proposant l’élection d’une constituante et elle devra se poursuivre après cette élection et être soutenue financièrement par un gouvernement proposant l’élection d’une constituante… ».

Il ne faut pas s’y tromper. SL ont dans leur ligne de mir un bon gouvernement provincial, évidemment de gauche de type social-libéral. Le CP voudrait bien esquiver cette transition en mettant les bouchées doubles sauf que ce moment dans la séquence est bien réel. SL sont des gens de terrain, un tacticien et un organisateur. Ils n’ont que faire de la stratégie. Pour eux, les sauts qualitatifs ne sauraient être qu’une longue série de petits pas. Pour reprendre le vocabulaire de Gramsci, seul existe la guerre de positions qu’on gagne de tranchée en tranchée jusqu’à la conquête de la capitale… ou du capital ! De leur univers est absent la guerre de mouvements qui change brusquement le rapport de forces. Bien sûr, on ne peut pas vivre de l’espérance du grand soir en se contentant, à la mode gauchiste, de ne faire que de la propagande.

Par son orientation générale, sa stratégie, son programme — un programme ne se construit que dans le cadre d’une orientation et d’une stratégie — et ses plate-forme, ses campagnes politiques, ses prises de position, ses liens avec les militantes sociales, la qualité démocratique de son organisation, l’honnêteté et l’abnégation de ses propres militantes, le parti doit en effet gagner graduellement des positions, tant idéologiques que politiques qu’organisationnelles et institutionnelles. Cependant, quel est le but de cette guerre de position ? Gagner les élections afin d’être un bon gouvernement tout en préparant une nouvelle « révolution tranquille » par l’Assemblée constituante ? C’est ne pas comprendre que la première « révolution tranquille » ne fut ni une révolution ni tranquille mais une grande mobilisation sociale, qui a culminé dans un grand mouvement gréviste et de gigantesques manifestations, afin de moderniser le traditionnel et soumis capitalisme québécois francophone pour l’ajuster à l’ère de l’État providence. Toutefois, faute d’hégémonie du peuple travailleur dans son alliance avec la petite et moyenne bourgeoisie, en a résulté la consolidation de « Québec Inc », avec sa pointe de grand capital, qui a rejeté l’indépendantisme libérateur de ce mouvement de libération, grâce au PQ, puis n’a eu cesse de charcuter les gains populaires depuis l’avènement de l’ère néolibéral, toujours avec l’aide d’un PQ néolibéralisé.

La première « révolution tranquille » fut une guerre de mouvement, particulièrement sa dernière période 1967-1976 où le mouvement populaire a durement affronté le capital dont l’émergeant Québec Inc. et son État. Le but de la guerre de position n’est pas la conquête du pouvoir institutionnel mais vise à acquérir la crédibilité de diriger la guerre de mouvement qui va révolutionner la société quand ceux d’en haut ne seront plus capables de diriger et que celles d’en bas auront leur voyage et se mobiliseront en masse. Si on reste prisonnier de l’électoralisme comme le sont à la fois SL et le CP, la gauche sera condamné à s’épuiser en un perpétuel oscillement entre le Charybde du pragmatique bon gouvernement social-libéral et le Scylla de la fuite en avant d’une Assemblée constituante décrochée de la réalité de la lutte contre la crise. Il ne s’agit pas pour autant de rejeter la lutte électorale afin de pénétrer les institutions : elle a son importance dans la guerre de position. Il s’agit encore moins de rejeter l’Assemblée constituante : sans en faire une vache sacrée, elle pourra consolider les gains démocratiques et sociaux d’une guerre de mouvement, comme ce fut le cas, en tout ou en partie, au Venezuela, en Bolivie et en Équateur.

Rien à attendre du PQ

Soyons d’abord clair au sujet du PQ, parti de centre-droit qui fut celui qui a mis fin à la guerre de mouvement qu’a été la dite « révolution tranquille » en la dévoyant en électoralisme après avoir hégémoniser le mouvement populaire. Peut-on qualifier autrement que de néolibéral, malgré sa phraséologie parfois social-démocrate, un parti qui a été le roi des coupures et des privatisations à la fin des années 90 après avoir écrasé les syndicats du secteur public en 1982 avec sa coupure salariale de 20% ? Rien d’étonnant. Historiquement, le PQ, dans le cadre de l'alliance du beau risque avec le gouvernement Mulroney, a été un enthousiaste de la promotion de l'Accord de libre-échange avec les ÉU, accord qui servira de matrice à tous les autres qui vont suivre dans le monde. La seule différence avec le PLQ est un interventionnisme étatique plus prononcé pour rendre les entreprises québécoises — Québec Inc — plus compétitives sur le marché mondial.

Lors de la dernière élection, la plate-forme du PQ était foncièrement libre-échangiste comme le soulignent les passages suivants :

« Tous ces gestes [du PLQ] ont eu des effets négatifs sur la productivité de nos entreprises. Ils les ont fragilisées et privées d’atouts pour faire face aussi bien à la crise actuelle qu’à la concurrence sur les marchés étrangers. » […]

« 1.2. Soutenir les entreprises

· Éliminer, avant 2010, la taxe sur le capital.

· Baisser le taux marginal effectif d’imposition des entreprises.

· Adopter des mesures fiscales qui visent à encourager l’investissement privé, notamment l’investissement dans les équipements.

· Simplifier la réglementation et les procédures administratives touchant les entreprises.

· Appuyer le développement de l’entrepreneurship. »

Peut-on qualifier autrement le PQ que d’autonomiste, malgré son discours « souverainiste » (pourquoi marginaliser le mot indépendance ?), le parti de la « souveraineté-association », puis de « l’affirmationnisme », puis du « beau risque » avec les Conservateurs, ensuite de l’alliance avec les Libéraux québécois au lendemain de la crise du Lac Meech, ensuite de la « souveraineté-partenariat » avec l’ADQ lors du référendum de 1995, puis des « conditions gagnantes » alors qu’il s’acharnait à fabriquer des conditions perdantes avec sa politique sociale droitière, finalement de plus rien du tout avec l’abandon de la stratégie référendaire sans rien lui substituer.

Une histoire d’oppression nationale encore très actuelle

Le PQ a renoncé à toute stratégie. Pourtant, il n’y a jamais tant eu de motifs de lutter pour l’indépendance par rapport aux enjeux mondiaux de la guerre, de l’écologie et du néolibéralisme où le fédéralisme canadien se tient fermement à droite. Raison de plus pour renouer avec une stratégie et une stratégie de libération nationale et sociale.

Plus qu’au Canada anglais, le peuple québécois désire le retrait des troupes canadiennes. Ce parti-pris n’est pas dû au hasard mais à un sentiment anti-guerre et anti-oppression issu des luttes contre la conscription de 1917 et 1942 et de l’occupation du Québec par l’armée canadienne en octobre 1970 tout comme de son intervention dans la crise d’Oka en 1990. Le soutien de l’accord de Kyoto, même imparfait, par le gouvernement québécois vient du choix délibéré lors de la dite Révolution tranquille de privilégier l’hydroélectricité nationalisée, y compris pour le chauffage électrique résidentiel, alors que le gouvernement canadien mise sur l’augmentation rapide des exportations vers les ÉU du pétrole provenant des très polluants sables bitumineux de l’Alberta comme fer de lance de la croissance économique.

Le gouvernement canadien, après avoir néolibéralisé le Canada dans le cadre de l’ALÉNA avec l’encouragement enthousiaste du PQ, l’enfonce dans cet ALÉNA-plus qu’est le Partenariat pour la sécurité et la prospérité (PSP) qui soumet en catimini les politiques commerciales, énergétiques, halieutiques, sécuritaires et militaires du Canada directement aux diktats des gens d’affaires du Canada et des ÉU, et continue à signer des accords bilatéraux de libre-échange. Pourtant, lors du Sommet des peuples en 2001, des dizaines de milliers de manifestantes du Québec et d’ailleurs avaient dit « Non à la ZLÉA », extension de l’ALÉNA à l’ensemble des Amériques.

Faut-il se surprendre que le gouvernement fédéral refuse de secourir les industries forestière et manufacturière du Québec à la hauteur de l’aide milliardaire qu’il consent pour l’industrie de l’automobile ontarienne ou même du favoritisme environnemental aux très polluants sables bitumineux de l’Alberta. Il ne s’agit pas de faire des cadeaux à ces transnationales, comme le voudrait le Bloc québécois. On peut parfaitement concevoir une politique de soutien à l’investissement conditionnel à des mesures de partage du travail sinon de création d’emploi, d’amélioration des salaires et conditions de travail, de protection environnementale et, last but not least, de prise de participation gouvernementale à l’actionnariat.

Que dire de la politique sécuritaire du gouvernement canadien tant par rapport à la criminalisation de la jeunesse, y compris pour la consommation de drogue, que par rapport à son préjugé favorable à la peine de mort et en passant par une ligne dure d’emprisonnement envers les criminels au détriment de la réhabilitation. Cette politique « à l’américaine » s’oppose non seulement aux sentiments majoritaires anti-répressifs du peuple québécois mais aussi, jusqu’ici, à la politique du gouvernement québécois.

Dorénavant, le Canada se construit selon l’axe pétrolier Toronto-Calgary, avec son emphase sur la rente, qui se substitue à l’axe moribond « Canada central » Toronto-Montréal dont la dominante était le profit manufacturier. Non seulement l’indépendantisme en devient-il plus pertinent économiquement mais aussi socialement car la rente a toujours été la base matérielle du capitalisme le plus réactionnaire, particulièrement envers les femmes, les gays/lesbiennes, les minorités de couleur et les autochtones, ce que les politiques du parti Conservateur ont amplement démontré.

D’une part, l’État canadien s’est construit dans la conquête des nations amérindiennes, métis, acadienne et québécoise et l’assimilation des minorités francophones et par l’importation d’une nation anglophone à leurs dépends. D’autre part, le peuple québécois a la masse critique en termes démographique, économique et territoriale pour avoir un État viable et a démontré à maintes reprises depuis l’échec de la révolution nationale de 1837-38, surtout depuis la dite « révolution tranquille », sa volonté indépendantiste comme moyen de mettre fin à son oppression nationale.

Un parti de gauche saisit le maillon faible de la Confédération canadienne, la question nationale québécoise. Il comprend l’histoire du peuple québécois faite de conquête, de rébellion écrasée dans le sang, de constitution imposée, de conscription forcée, d’occupation armée, de rejet de l’autodétermination référendaire et du mépris des commandites. Il réalise que bon an mal an la volonté souverainiste, malgré le lâchage péquiste, oscille entre 40 et 50%.

S’ensuit que l’unité de des peuples de l’État canadien passe par l’éclatement du Canada avant d’aboutir à de nouveaux arrangements institutionnels dans un cadre à déterminer (néo-canadien, nord-américain, américain et mondial) au gré de la lutte sociale. Loin d’affaiblir la gauche canadienne, le développement et l’aboutissement de la lutte de libération nationale du peuple québécois, qui n’a rien à voir avec le projet d’État néolibéral à la PQ incapable d’unir le peuple québécois même francophone, constitue le maillon faible, dans la conjoncture actuelle, de la domination de la bourgeoisie canadienne.

La lutte contre la crise passe par l’indépendance

L’indépendance est indispensable pour contrer la crise à moins de penser que la lutte pour l’indépendance n’est pas un axe stratégique pour la libération nationale et sociale du Québec mais un rajout culturel et linguistique, aussi indispensable soit-il. La crise globale du capitalisme, tant économique et financière qu’écologique, alimentaire et énergétique, pose drastiquement la question de qui va payer la crise. Il est futile d’en appeler à une création massive d’emplois bien rémunérés et stables par un investissement massif dans des infrastructures écologiques et par la bonification des services publics sans au départ s’assurer que le peuple québécois contrôle démocratiquement les flux d’épargne et d’investissement.

Le peuple travailleur va-t-il payer pour sauver les banques, comme c’est maintenant le cas, ou les banques vont-elles… passer à la caisse pour sauver le peuple ? Tel est le défi de Québec solidaire dans la très turbulente période qui ne fait que commencer malgré l’apparente accalmie qui n’arrête pas pour autant la progression du chômage. La première tâche de tout plan de gauche contre la crise est donc la nationalisation sans compensation des institutions financières pour en faire un service public essentiel contrôlé démocratiquement comme le sont partiellement les garderies populaires du Québec. L’expropriation des institutions financières, c’est la clef de voûte de tout l’édifice de reconstruction écologique et égalitaire de la société.

On objectera que le Québec n’est qu’une province canadienne sans pouvoir significatif sur le capital financier. Il y a maintenant plus d’une génération que le peuple québécois a trouvé la réponse programmatique — l’indépendance — pour se sortir de ce cul-de-sac. Sans l’indépendance, le peuple québécois reste coincé dans un goulot d’étranglement bloquant toute solution de gauche à toute crise socio-économique et politique. Il fusionnera sa haine de l’oppression nationale, sans l’instrumentaliser, avec la haine des banques et du patronat que le déploiement de la crise ne manquera pas de susciter.

La crise permet de donner à la revendication de l’indépendance sa pleine signification de gauche, non seulement vis-à-vis Ottawa, siège du pouvoir politique fédérale, mais aussi vis-à-vis de Bay Street, siège du capital financier canadien et de Wall Street, siège du capital financier étasunien. S’emparer des institutions financières, épine dorsale de la bourgeoisie canadienne dont la carence manufacturière est légendaire, nécessite que la nation québécoise en ait le pouvoir constitutionnel, ce qui requiert l’indépendance. Ainsi il deviendra possible de mettre sur pied la Banque populaire du Québec sous le contrôle du peuple travailleur.

Il est résolu que :

L’indépendance du Québec est une urgence non seulement nationale mais aussi économique, écologique et sociale. Elle est la revendication-clef pour libérer l’énergie créatrice du peuple québécois pour contrer la crise globale du capitalisme. C’est l’axe central de notre stratégie.

Marc Bonhomme, 22 septembre 2009

Commentaire : « Un pas en avant, deux pas en arrière »

par Marc Bonhomme

Le « cahier de synthèse » de la direction de Québec solidaire

Un pas en avant, deux pas en arrière

La direction nationale de Québec solidaire a publié au début septembre son « cahier de synthèse » (CS) sur les aspects démocratiques et nationaux du programme en vue du congrès de la fin novembre et pour fin d'amendements/contre-propositions dans les instances statutaires. Que l'on soit membre ou non de Québec solidaire, cette démarche programmatique du seul parti de gauche crédible du Québec est de la plus haute importance pour tous ceux et celles qui misent sur un tournant à gauche de la société québécoise. Malheureusement, la forme de ce cahier mêlent définitions, analyses, justifications, orientations stratégiques et engagements programmatiques proprement dits sans compter que ces derniers sont en partie flous ou ambigus.

Je me propose ici de faire la seule analyse des orientations stratégiques pour en dégager des propositions alternatives. Je compte revenir plus tard sur les engagements programmatiques proprement dit.

Remarque préliminaire : une synthèse fourre-tout qui efface les oppositions

Ce cahier prétendument de synthèse « ne présente pas toutefois l’ensemble des propositions qui se sont manifestées dans les débats jusqu’ici [mais plutôt] présente le point de vue de la Commission politique » d’avouer dans sa lettre d’introduction le responsable à l’orientation et à ce titre coordonnateur de la Commission politique. Pourtant n’importe quel démocrate qui rend compte d’un ensemble hétéroclite de points de vue sait qu’un cahier dit de synthèse présente d’une part les points qui font consensus et d’autre part ceux qui s’opposent ou diffèrent en faisant clairement ressortir ces différences et oppositions. Démocratiquement parlant, il est tout à fait inacceptable de gommer les points de vue ne faisant pas l’affaire de la Commission politique.

Cette conception de ce responsable ne surprend pas quand l’on connaît sa conception élitiste des « intellectuels » dans le parti :

« [Les intellectuels] mènent cette lutte [pour l’hégémonie] dans des organisations qui défendent les intérêts de la classe dominée (par exemple, un parti) à l’intérieur desquelles ils sont en rapport dialectique avec ceux et celles qui vivent l’oppression du système. » (Simon Tremblay-Pépin, Intellectuels et classes sociales, Nouveau cahier du socialisme, #1, 2009, page 125, je souligne)

Notre brave intellectuel n’est donc pas victime de l’oppression du système. Grand bien lui fasse. Nous, pauvres mortels, le sommes. Nous le sommes à ce point que notre esprit en serait embrouillé ce qui justifie, à ses yeux, l’élimination de nos opinions erronées telles qu’évaluées par l’élite intellectuelle qui dirige Québec solidaire. Gramsci, ce révolutionnaire marxiste victime du fascisme de Mussolini, sur lequel notre vaillant responsable prétend se baser doit se retourner dans sa tombe.

Orientations stratégiques électoraliste, chauvine et « front populaire »

Pour se retrouver dans ce fourre-tout de sorte à aller à l’essentiel dans ce pauvre petit mois qui est imparti à la base pour élaborer des amendements et des contre-propositions, dégageons dans un premier temps les orientations stratégiques et regroupons-les logiquement :

· C’est pourquoi Québec solidaire n’hésitera pas à se définir comme indépendantiste. (paragraphe 1.4.2)

· Québec solidaire visera à construire une alliance démocratique, sociale et nationale pour regrouper l’ensemble des forces syndicales, populaires, féministes, étudiantes, écologistes et les partis souverainistes autour de la reconnaissance de la souveraineté populaire qui se concrétise par l’élection d’une Assemblée constituante. (paragraphe 3.2.2)

· Québec solidaire fera connaître largement le projet d’Assemblée constituante par une vaste campagne d’éducation populaire. (paragraphe 3.2.2)

· La campagne électorale qui mènera un parti ou une alliance fondée sur l’Assemblée constituante au pouvoir devra mettre de l’avant l’obtention d’un mandat pour l’élection d’une Assemblée constituante (paragraphe 3.2.5)

· La loi prévoit la tenue d’un référendum de ratification de la Constitution (paragraphe 3.3.3)

· Des relations égalitaires avec les peuples autochtones n’en nécessitent pas moins le remplacement de l’a priori de « l’intégrité territoriale » du Québec par une tout autre notion, celle de la nécessaire cohabitation sur un même territoire de peuples souverains pouvant disposer librement de leur avenir. (paragraphe 1.6.1)

· Québec solidaire encouragera les organisations sociales et politiques à tenir des états généraux pour identifier les pouvoirs et les instruments nécessaires à la résistance et au dépassement de ces crises. (paragraphe 3.1.3)

Le préambule du CS souligne l’essentiel de ces orientations :

« …un vote pour Québec solidaire n’est pas un vote pour réaliser automatiquement l’indépendance du Québec, pas plus qu’il ne s’agit d’un vote pour la tenue éventuelle d’un référendum quand bon nous semblera. Un gouvernement de Québec solidaire s’engage plutôt à lancer immédiatement l’élection d’une Assemblée constituante […]. L’Assemblée constituante sera mandatée pour faire participer largement la population à ses débats […]. C’est dans ce cadre que les militant-es de Québec solidaire proposeront à la population de réaliser l’indépendance politique du Québec […] »

Étrangement, la question du référendum final est oublié dans le préambule et, d’ailleurs, ce dernier occupe peu de place dans le CS. En fait, le préambule dénigre plutôt le concept de référendum. Ce n’est pas parce que le PQ l’a converti en manipulation bureaucratique avec ses questions alambiquées style « cage à homard » qu’il ne reste pas le grand moment démocratique de la rupture indépendantiste. Le silence du préambule sur la question nationale autochtone et sur la question des états généraux laissent clairement voir leur caractère secondaire. En fait le CS ne reconnaît pas réellement le droit à l’autodétermination des nations aborigènes et il fait de la question des états généraux un attrape-nigaud.

Question nationale aborigène : oui ou non au dogme de l’intégrité territoriale ?

Si le CS semble renoncer à « l’a priori de “l’intégrité territoriale” du Québec » — tout en commettant l’imprudence de ne pas rappeler que ce renoncement ne s’applique aucunement aux chauvins du West Island qui pensent être le fer de lance canadien au cœur du Québec — c’est non pas pour affirmer le droit à l’autodétermination des nations aborigènes habitant en tout ou en partie le territoire de la province fédérale du Québec jusqu’à et y compris l’indépendance ou le rattachement au Canada mais pour avancer le concept « de la nécessaire cohabitation sur un même territoire ». Si cette affirmation signifie que quelque soit les frontières politiques, nations québécoise et autochtones demeureront géographiquement voisines et auront intérêt à s’entendre, c’est là une banalité.

Le sens de cette affirmation est bien sûr politique : après avoir été nié le principe de l’intégrité territoriale est immédiatement réaffirmé prétendument à cause de la nécessité géographique. Il n’y a ici aucune avancée. Par contre, le CS ne fait aucune proposition concrète de ce que pourrait être une forme de cohabitation dans une république fédérée du Québec, proposition qui pourrait emporter l’enthousiasme des nations aborigènes tellement elle serait aux antipodes de la raciste Loi fédérale des Indiens. Pourtant, un cercle citoyen dont j’étais l’animateur avait fait une proposition élaborée dans ce sens dont aucun élément n’a été retenu dans la prétendue synthèse.

Campagne politique pour des États généraux ou pour l’Assemblée constituante ?

Quant à la proposition d’une campagne politique immédiate pour des États généraux du mouvement populaire qu’un autre cercle citoyen proposait, dont j’étais aussi l’animateur, elle a été retenue pour mieux être non seulement tronquée et dévoyée mais réduite à une tautologie sans aucun effet. Dans sa lettre d’introduction, le responsable de la Commission politique ne la considère même pas comme prioritaire. Au lieu de jouer un rôle d’initiateur et de fer de lance de ces États généraux la direction de Québec solidaire propose seulement d’encourager les autres. On reconnaît là le suivisme d’un parti électoraliste de gauche qui veut avoir l’air d’un parti de la rue. Dans ce cas-ci, ce suivisme est une parade.

Ces autres ne pourraient être que les directions nationales syndicales ou d’importantes organisations populaires. Leur engoncement dans la « concertation » avec l’État garantit qu’elles ne prendront aucune initiative en ce sens dans la prochaine période. Il n’existe même pas d’opposition de gauche organisée digne de ce nom au sein de ces organisations pour les pousser dans le dos. Autant dire que la proposition du CS tombe à plat. Si jamais une explosion spontanée à la base ou le désarroi des directions syndicales et populaires face à l’approfondissement de la crise et/ou à l’intransigeance gouvernementale les poussaient à organiser des États généraux, il va de soi que la suiviste direction de Québec solidaire va aussi pousser à la roue sans qu’il n’y ait aucune nécessité d’inscrire ce point au programme. Autant dire que la proposition du CS est de la poudre aux yeux.

Par contre, le CS propose de faire « connaître largement le projet d’Assemblée constituante par une vaste campagne d’éducation populaire. » On propose donc une mise en branle du parti non pas pour des États généraux mais pour l’Assemblée constituante. Il faut toutefois comprendre que cette dernière n’aura lieu qu’après « [l]a campagne électorale qui mènera un parti ou une alliance fondée sur l’Assemblée constituante au pouvoir… ». D’abord, « cette alliance démocratique, sociale et nationale pour regrouper l’ensemble des forces syndicales, populaires, féministes, étudiantes, écologistes et les partis souverainistes » (je souligne) est une porte ouverte au néolibéral PQ (et au réactionnaire Parti indépendantiste).

Ensuite, le CS n’invite pas les membres à se mobiliser dans le cadre d’une stratégie de la rue qui combine la lutte contre la crise globale du capitalisme, dont les effets ne font que commencer à se manifester, et la stratégie pour l’indépendance, ce que ferait une campagne politique pour des États généraux pour un Québec indépendant, écologique et solidaire basé sur le plein emploi. Le CS les invite plutôt à s’engager dans une stratégie électoraliste de possible alliance avec le PQ et le PI pour l’élection d’un gouvernement allianciste qui lui organisera l’Assemblée constituante. Inutile de dire que cette « campagne d’éducation populaire » complètement coupée des préoccupations, besoins et luttes populaires du moment paraîtra au peuple travailleur pour ce qu’elle est : une totale abstraction bureaucratique et technocratique.

Alliance électoraliste « Front populaire », antichambre du social-libéralisme

On reconnaît ici la tentation de la vieille stratégie d’alliance « Front populaire » avec la bourgeoisie dite progressiste qui a mené à tant de défaites du peuple travailleur, du classique front populaire français de 1936 et de la guerre civile espagnole jusqu’à l’anéantissement des relativement puissants partis communistes iraquien et iranien par respectivement la droite nationaliste et les fondamentalistes musulmans en passant par le massacre du maoïste Parti communiste indonésien et de la gauche anticapitaliste chilienne par respectivement le militarisme nationaliste et le militarisme néolibéral avant l’heure. Le coup fourré des fronts populaires est classique : la gauche fait la « job de bras » pour conquérir le pouvoir puis la droite « progressiste » l’assume tout en se débarrassant de ses encombrants alliés… et pas toujours joliment.

Il faut dire que le coordonnateur de la commission politique nie jusqu’au caractère bourgeois du PQ. Pour lui, il existe « un nouveau mode de production qui n’est ni capitaliste, ni socialiste mais coordonnatiste. » Le modèle québécois serait « apparu au Québec en même temps que la naissance d’une classe de coordonnateurs. »

« Il serait probablement plus à même de parler d’une alliance entre les coordonnateurs et la classe ouvrière qui auraient réussi ensemble, à imposer une certaine hégémonie en vue de transformations sociales importantes donnant plus de pouvoir aux coordonnateurs. Ceux-ci étaient par la suite en mesure d’instaurer des mesures relativement avantageuses pour la classe ouvrière»

De préciser finalement le responsable de la commission politique :

« … la lutte pour l’hégémonie de la classe ouvrière doit passer par une guerre de position qui attaque également l’option coordonnatrice et ses représentants (le Parti québécois, le corporatisme syndical, les éditorialistes du Devoir, la Fédération universitaire du Québec. L’Institut du nouveau monde… » (Simon Tremblay-Pépin, Intellectuels et classes sociales, Nouveau cahier du socialisme, #1, 2009, pages 128, 129 et 131, je souligne)

La stratégie de la gauche québécoise devrait donc être de lutter intellectuellement contre le PQ et ses alliés (et électoralement tant que le PQ ne sera pas au rendez-vous) pour les amener à rompre leur alliance avec les néolibéraux afin d’en revenir à l’alliance de la révolution tranquille mais cette fois-ci sous hégémonie Québec solidaire. Comme on a historiquement jamais vu un parti bourgeois subir l’hégémonie d’un parti anticapitaliste — Québec solidaire le sera-t-il au terme de sa démarche programmatique ou restera-t-il social-libéral ? — il faut faire passer le PQ comme non bourgeois. Et comme il n’est plus possible de le caractériser de gauche, il reste à inventer une troisième classe sociale fondamentale, digne successeur de cette troisième voie qu’est le social-libéralisme, ce réformisme sans réforme.

Ouf ! Que voilà une proposition de front populaire alambiqué digne du « panier à crabes » à la Parizeau. Remettons les pendules à l’heure. Le PQ est un parti (petit‑)bourgeois issu de l’aile nationaliste des Libéraux dont le but était d’encadrer politiquement la grande mobilisation populaire fin 60-début 70 afin de la dévoyer en électoralisme, ce qu’il a parfaitement réussi à faire. Cette mission essentielle accomplie, il a laissé tomber sa parure « préjugé favorable aux travailleurs » pour devenir aussi néolibéral que les autres partis bourgeois — rappelons-nous des coupures drastiques de salaires de 1982 sous la direction Lévesque-Parizeau bien avant le déficit zéro de la période Bouchard-Landry-Marois — tout en parvenant à garder sous son influence les hautes directions syndicales et populaires grâce à son souverainisme nationaliste et à sa stratégie étapiste élection/référendum.

Une orientation anticapitaliste de la rue

Je dégage de cette critique des orientations stratégiques du CS une orientation stratégique anticapitaliste de la rue déjà proposée par les deux cercles citoyens dont j’étais l’animateur. Me pliant cependant au saucissonnage méthodologique qui repousse à une deuxième étape les questions économique et écologique, je laisse tomber toute discussion de points pourtant essentiels tels les questions du plein emploi (et de l’élimination de la pauvreté) par la réduction du temps de travail sans baisse des salaires, l’interdiction des licenciements, la fiscalisation des régimes de pensions, l’augmentation du pouvoir d’achat, un programme massif d’investissements écologiques dans le cadre des réductions des gaz à effet de serre exigées par le GIEC, la bonification des services publics et des programmes sociaux et une réforme fiscale à l’avenant, ce qui pose la question cruciale du contrôle de l’économie en commençant par l’expropriation des banques et autres zinzins.

Je me plie donc à cette méthodologie bureaucratique qui laisse tomber le débat urgent à faire sur un programme anti-crise tout en criant à tue-tête l’urgence de celui-ci. Il faut cependant réaliser les conséquences troublantes de ce choix à contre-temps. Pendant que l'OCDE fait une mise en garde sur la hausse du chômage (À la une du Devoir du 17/09/09 : « Chômage : le pire reste à venir »), pendant que le Québec a perdu environ 70 000 emplois depuis l'automne dernier (environ 90 000 à temps plein) sans compter l'augmentation de la population active d'environ 30 000 personnes, pendant que tout une petite ville se mobilise au Lac St-Jean (Dolbeau-Mistassini) contre la fermeture de son usine de pâte et papier (Abitibi-Bowater) et que cette compagnie continue son hécatombe de fermetures, pendant que les retraités de Nortel (et d'Abitibi-Bowater) angoissent devant la faillite et le démantèlement de leurs ex-employeurs, la direction de Québec solidaire reste complètement silencieuse sur les questions cruciales de l'emploi et des régimes de retraite. Cela augure mal pour le projet de pays qu'elle propose.

Voici ce que je propose comme orientations stratégiques :

Proposition pour une campagne politique pour des états généraux


  1. Attendu que la stratégie élection d’un gouvernement Québec solidaire-Assemblée constituante-Référendum laisse un vide total d’engagement stratégique d’ici une élection gagnante ;
  2. Attendu qu’une « campagne d’éducation populaire » sur l’Assemblée constituante est complètement coupée des préoccupations, besoins et luttes populaires du moment, elle paraîtra au peuple travailleur pour ce qu’elle est : une totale abstraction bureaucratique et technocratique.
  3. Attendu qu’un parti de la rue vise non seulement à participer immédiatement aux mobilisations populaires contre la crise globale du capitalisme, tant économique et écologique que politique et sociale, mais à y contribuer d’une manière proactive par des propositions stratégiques ;
  4. Attendu que Québec solidaire, avec un député, une couverture médiatique non négligeable et surtout une présence réelle dans les milieux militants, a la crédibilité nécessaire pour faire des propositions qui fassent débat ;
  5. Attendu que l’actuelle conjoncture morose de la riposte sociale, malgré certaines luttes prometteuses en termes de gains et de solidarité (Pétro-Canada, UQÀM), augure mal pour la suite des choses ;
  6. Attendu que s’annonce une lutte unitaire du Front commun regroupant tout le secteur public et parapublic, mais sans qu’ait été fait un bilan de la stratégie syndicale de la concertation, ce qui explique fondamentalement la capitulation de décembre 2005 au gouvernement Charest et par la suite le tassement des luttes étudiantes, écologiques et populaires ;
  7. Attendu qu’après la présente accalmie de la crise et suite à la suppression de 70 000 emplois au Québec depuis son début, sans compter la transformation des temps plein en temps partiel et des salariées en travailleuses dite indépendantes, la saccade des congédiements reprendra tout comme l’offensive des coupures et des privatisations pour rétablir l’équilibre budgétaire sans hausser l’imposition des profits, des hauts revenus et de la richesse ;
  8. Attendu le précédent historique des « États généraux du Canada français » de novembre 1967 qui se conclurent par « …une orientation vers l’indépendance du Québec. » (J. Lacoursière, J.Provencher et D. Vaugeois, Canada-Québec, synthèse historique, 1978) tout en inaugurant une période d’intenses mobilisations populaires qui culminèrent dans le Front commun de 1972 et l’occupation en 1975 de la United Aircraft (aujourd’hui Pratt et Whitney) ;
  9. Attendu que pour enclencher une ardeur populaire qui n’était pas au rendez-vous après l’élection de 1994 qui lui avait donné le pouvoir avec seulement 15 000 votes de plus que les Libéraux, le PQ imita pâlement les États généraux par une consultation populaire qui vit « [e]ntre le 6 février et le 5 mars [1995], les 17 commissions consultatives mobilis[er] 280 commissaires qui tinrent 435 rencontres où se présentèrent 50 164 personnes. » et que « [l]es travaux des commissions firent apparaître de façon récurrente la nécessité de lier la souveraineté à un projet de société. » et par le fait même « permi[rent] à l'option souverainiste d'amorcer une remontée dans les sondages. » (Denis Monière, La démarche référendaire · Le Québec face à son destin, 1995, Université de Montréal) ;

Il est proposé :

1. Que Québec solidaire mette immédiatement en branle une campagne politique pour la convocation d’États généraux de l’ensemble des mouvements populaires ;

2. Que Québec solidaire, tout en faisant une campagne auprès du grand public et spécialement auprès des militantes, contacte pour ce faire les mouvements populaires nationaux, régionaux et locaux ;

3. Que Québec solidaire propose comme thème à ces États généraux « un Québec indépendant, solidaire et écologique sur la base du plein emploi. »

4. Que Québec solidaire propose dans le cadre des États généraux une stratégie basée sur la convocation d’une Assemblée constituante pour un Québec indépendant élue au suffrage proportionnel, à parité femme-homme, et dont la constitution sera ratifiée par un référendum.

Nations autochtones et inuit

Une offre de « république fédérée » sur base de reconnaissance du droit à l’indépendance

De dire l’anthropologue Rémi Savard à l’Atelier de Québec Solidaire sur la question autochtone du 5 avril 2009 :

« Le 13 septembre 2007, 143 des 147 pays présents à l’assemblée générale de l’ONU ont approuvé une déclaration sur les droits des peuples autochtones. Les USA, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada ont voté contre. Il y a deux ou 3 jours, l’Australie s’est ralliée. Selon certains, la Nouvelle-Zélande serait sur le point d’en faire autant. […] Selon [cette Déclaration], les peuples autochtones ont des droits semblables à ceux des peuples membres de l’ONU :

Article 3 : ‘‘Les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel.’’

Article 5 : ‘‘Les peuples autochtones ont le droit de maintenir et de renforcer leurs institutions politiques, juridiques, économiques, sociales et culturelles distinctes, tout en conservant le droit, si tel est leur choix, de participer pleinement à la vie politique, économique, sociale et culturelle de l’État.’’ »

· En conséquence, Québec solidaire œuvrera pour que l’Assemblée nationale soutienne par un vote la Déclaration des peuples aborigènes de l’ONU.

De préciser Rémi Savard : « Tant que la fourrure a constitué la principale ressource naturelle, i.e de 1600 à 1800, les Autochtones eurent, aux yeux des métropoles (Paris et Londres), une énorme pertinence économique et militaire […] Entre 1795 à 1816, le bois remplace la fourrure. Les autochtones perdent rapidement toute pertinence aux yeux des promoteurs de la colonie canadienne. Sont considérés comme obstacles au développement (agriculture, industrie forestière, mines, hydroélectricité, industrie touristique, etc.). Toutes ces ressources naturelles sont sur leurs territoires. Et ça continue aujourd’hui avec Le Plan Nord du gouvernement Charest. »

Du temps de la fourrure (et de la rivalité anglo-française puis anglo-américaine), le colonisateur français puis britannique traitait d’égal à égal avec les nations autochtones, comme en témoignent la « Grande Paix » de 1701 avec les Hodenausaunee (Iroquois) et la « Proclamation royale » de 1763. Ensuite, ce fut l’invasion de la « horde blanche » (expression de Louis-Gilles Francœur) pour s’accaparer leurs ressources naturelles, ce qui leur valut l’infantilisante « Loi des Indiens » et les inégaux traités à numéro, dont la Convention de la Baie James est l’excroissance.

Faut-il se surprendre que le gouvernement d’apartheid d’Afrique du Sud, à la fin de la Deuxième guerre mondiale, prit exemple sur le système canadien des « réserves ». Le retour en force de l’économie de la rente tant au Canada (pétrole et mines) et au Québec (hydro-électricité, mines et demain l’éolien) ne fait que renforcer la spoliation des terres autochtones. La volonté d’harnacher La Romaine malgré les protestations du peuple Innu, qu’Hydro-Québec divise à coup de millions, est le dernier exemple en date. Quant aux nations autochtones parquées dans les minuscules réserves polluées du sud du Québec, ne leur restent plus que la contrebande et les trafics illicites pour ne pas crever.

Les nations autochtones et inuit ont été conquises et dépossédées de leurs territoires. Elles sont aujourd’hui devenues des colonies internes. Celles parquées sur des réserves vivent un régime d’apartheid. Leurs membres vivant parmi les « blancs » sont victimes de discrimination.

· En conséquence, Québec solidaire reconnaît aux nations autochtones et inuit le droit à l’autodétermination jusqu’à, et y compris, l’indépendance ou leur rattachement au Canada.

La longue histoire d’oppression et de spoliation a causé une forte dépopulation historique jusqu’à récemment, plusieurs déplacements de masses et surtout l’installation de la population « blanche » sur leurs terres historiques. La réparation des torts historiques sur une base de territoires exclusifs découlant du régime capitaliste de la propriété privée est une tâche impossible qui ne pourrait mener qu’à des conflits sans fin. En conséquence,

· Québec solidaire propose aux nations autochtones et inuit de s’unir à la nation québécoise dans le cadre d’une république fédérée sur la base de traités égaux reconnus internationalement.

· Le territoire commun serait divisé en zones nationales propres à chaque nation et en zones à gouvernement partagé qui seraient les plus importantes.

· Toute personne habitant une zone nationale qui n’est pas la sienne pourrait bénéficier, selon certaines règles prévues aux traités internationaux, d’un ensemble de droits, particulièrement eu égard aux systèmes d’éducation et de justice de sa nation.

Les réserves qu’habitent les nations autochtones sont des territoires petits, enclavés, sans ressources, souvent charcutés par des voies de transport et pollués. Les ressources des territoires inuit, cri, anishnabé (algonquin), attikamekw et innu ont été et sont encore en grande partie exploitées et pillées sans l’accord des nations concernées ou dans le cadre de traités inégaux.

· En conséquence, Québec solidaire réclame que l’ampleur historique du dépouillement des territoires et du pillage des ressources soit évaluée d’un commun accord, que la Convention de la Baie James soient renégociée et reconnue par une instance internationale, qu’une juste compensation corrige l’injustice historique de la conquête et que les ressources soient dorénavant exploitées selon les termes des traités internationaux.

· Que Québec solidaire s’oppose à l’harnachement de La Romaine non seulement à cause de l’opposition du peuple innu malgré les tactiques de divisions d’Hydro-Québec mais aussi à cause de ses conséquences écologiques néfastes en termes de mercure, de marnage, de renversement du cycle saisonnier du débit de la rivière et de bouleversement du régime écologique du Golfe St-Laurent par suite des effets cumulatifs de l’harnachement de l’ensemble des rivières de la Côte-Nord.

La longue histoire de conquête, de refoulement et de pillage des nations autochtones et inuit a causé l’érection d’un immense mur de préjugés et de méfiance.

· En conséquence, Québec solidaire propose que soit introduit dans le système d’éducation « blanc » des cours d’histoires, de cultures et de langues autochtones et inuit et que des échanges de toutes sortes soient organisées entre la nation québécoise et les nations autochtones et inuit.

Marc Bonhomme, 19 septembre 2009